Cadavre d'Etat

 

 

  • Broché: 400 pages
  • Editeur : Carnets Nord (15 mai 2009)
  • Collection : LITTERATURE
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2355360243
  • ISBN-13: 978-2355360244

Le mot de l’éditeur

Comment le cadavre d’un conseiller du Premier ministre est-il arrivé, par une nuit pluvieuse de novembre, sur le parking miteux d’une grande surface, sans la région parisienne ?

L’enquête est confiée au commissaire Coralie Le Gall. Fille d’un haut fonctionnaire, en rébellion contre son milieu, musicienne et pratiquant le close-combat, cette personnalité hors normes est bien décidée à prendre sa revanche contre un monde politique qu’elle déteste. Mais Coralie va peu à peu comprendre l’ampleur de la manipulation en cours.

Un roman noir dans la France des années 1990. Une intrigue palpitante et truffée d’énigmes, qui déniaise à jamais d’une certaine politique.

Claude Marker signe ici un polar provocateur.  Au-delà du suspense propre au genre policier, il révèle une parfaite connaissance des milieux politiques, des medias et de la haute fonction d’Etat.

Critique

Bien que certains aient cru bon de voir dans ce livre un rappel de l’affaire Clearstream, l’avertissement de l’éditeur vient nous rappeler qu’il n’en est rien. Et je le crois d’autant plus que le livre ne possède qu’un des fils d’Ariane qui pourrait le faire pointer en parallèle avec cette affaire.

Il s’agit d’un thriller politique, ma catégorie préférée qu’on se le dise ! Il s’agit également d’un roman à clés, dont l’intrigue bien maîtrisée nous ramène aux personnages principaux suivants : le Président de la République, dit « Ramsès » évoque François Mitterrand et son amour de l’Egypte. Rebière, le ministre de l’Intérieur, le « pachyderme des corons » s’identifie évidemment à Pierre Mauroy (et non Sarkozy comme je l’ai lu sous la plume d’un confrère qui n’a sans doute pas lu le livre qu’il critiquait, et paf prends donc ça mon gars). De Vaslin et sa demeure périgourdine rappellent François de Grossouvre et son château nivernais. Michèle Billetot, la directrice de cabinet de Rebière a pour nom dans la vraie vie Marie-France Garaud (il s’agit du portrait le plus vitriolé). Parini, le mafieux au mieux avec la Banque Rhodanienne, c’est bien sûr Giancarlo Paretti qui s’illustra dans le scandale Crédit Lyonnais / MGM. Le Premier ministre, Neyrac, c’est sans doute un  archi-connu, en « ac » aussi. L’identité de certains autres, dont un chef de cabinet nommé Ledouchy me laisse encore à l’état interrogatif.

Le « héros » de l’affaire, un commissaire féminin dénommée Le Gall est aussi inconsistante qu’improbable… Passons, car je ne veux pas dévaloriser ce bouquin, au contraire.

Il s’agit du conte d’une « manip » politique assez truculent, qui mêle mitterandie et chiraquie en une unité de temps volontaire, dans laquelle l’auteur exhale son mépris voire sa haine des politiques et de leurs féaux, les membres des cabinets et les sans scrupules des « services ». Certains ont prétendu que Marker était le pseudo de Bernard Tapie, j’y crois peu, chercherais plutôt dans le landerneau journalistique accrédité Matignon…

C’est bien fait, on pourrait « presque » y croire, et si je ne vois pas vraiment le rapport avec l’affaire Clearstream, j’imagine très bien la disparition programmée (oh pardon ! Le suicide, faut-il dire) de François de Grossouvre.  J’écris « presque », car il s’agit d’un pur roman mêlant ensemble plusieurs affaires célèbres. L’auteur ayant visiblement construit à-partir d’elles, n’attendez donc aucune révélation (ce que les services de presse de l’éditeur ont pourtant tenté d’accréditer, ces coquins…).

Le style est assez inégal. On trouve de purs moments de bonheur nés de la juxtaposition improbable de mots, mais aussi un peu trop de sécheresse dans la narration. Il y manque aussi la dose d’humour distancié d’un Jean-Patrick Manchette, d’un Jean-Bernard Pouy, d’un Raoul Saint-Luc ou d’un Albert Simonin,  humour froid et caustique qui nous aide aussi à nous attendrir sur ce qui n’est que de la bouillie d’homme. Marker, c’est noir, noir, noir… Un peu trop « noir sans espoir », et c’est bien dommage.

 

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